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Cadre pour la parité femmes-hommes et l’inclusion sociale


             La parité femmes-hommes :


                  ne concerne PAS uniquement les femmes et les filles :  v )  Les  administrations  et  les  ministères  de  l’eau  sont
                  les hommes et les garçons font partie de la solution.  souvent dirigés par des hommes. Les obstacles auxquels
                                                                   les femmes sont confrontées pour intégrer ou travailler
                  n’est  PAS  uniquement  du  ressort  des  femmes  :  un  dans le secteur de l’eau, notamment le manque d’accès à
                  changement réel ne sera possible que si tout le monde  l’éducation, le harcèlement sexuel, l’insécurité de l’emploi
                  est mobilisé.                                    et  les  niveaux  de  rémunération  comparativement  plus
                                                                   bas, expliquent cette situation².
                  n’est PAS un concept occidental ou étranger : atteindre
                  la parité femmes-hommes est un engagement d’ampleur  vi )  Les  engagements  ne  sont  pas  suivis  d’effets.  Les  accords
                  mondiale auxquels les pays du monde entier ont adhéré  internationaux, régionaux ou nationaux portant sur la parité
                  dans  le  cadre  d’accords  internationaux  régionaux  et  femmes-hommes  et  l’inclusion  sociale  sont  souvent  signés
                  nationaux.                                       par  des  pays  qui  ne  disposent  pas  des  capacités  et  de  la
                                                                   volonté nécessaires pour consacrer les ressources financières
                  n’est PAS une tentative de priver les hommes et les  et techniques requises.
                  garçons  de  leurs  droits  :  les  droits  humains  sont
                  universels et s’appliquent donc à tous.      vii )  Les  institutions  régionales  ont  enregistré  des  résultats
                                                                   limités. Les institutions régionales chargées de la gestion des
                  ne  concerne  PAS  seulement  les  spécialistes  de  la  eaux transfrontalières doivent négocier sur le plan politique,
                  question  :  compter  uniquement  sur  les  spécialistes  ne  et donc obtenir la coopération et l’accord de nombreux pays,
                  permettra  pas  de  remédier  aux  problèmes  d’inégalité  souvent en concurrence les uns avec les autres³. L’adoption
                  entre les femmes et les hommes ni à l’exclusion sociale.  d’une  approche  cohérente  et  commune  des  questions
                  Tout le monde doit être impliqué.                touchant à la parité femmes-hommes et à l’inclusion sociale
                                                                   devient dès lors difficile.

             4. Enseignements tirés                            viii )  Les femmes sont exclues des processus de gouvernance de
                                                                   l’eau. Les femmes ont peu de possibilités de participer à la
                                                                   prise de décision dans le domaine de l’eau, alors même que la
             Le cadre GESI a été établi sur la base des conclusions et des  gouvernance de cette ressource sera vraisemblablement au
             enseignements  tirés  de  l’étude  de  référence  consacrée  en  cœur de la sécurité hydrique mondiale.
             mai  2020  aux  résultats  obtenus  par  CIWA  en  matière  de
             parité femmes-hommes et d’inclusion sociale. Cette étude a  ix )  Les capacités et la prise de conscience sont insuffisantes.
             été  réalisée  à  partir  d’une  analyse  documentaire,  d’une  Les  parties  prenantes,  quel  que  soit  leur  niveau  ou  leur
             enquête en ligne et de consultations auprès du personnel de  secteur  d’activité,  ne  disposent  généralement  pas  des
             CIWA,  ainsi  que  de  représentants  de  partenaires  de  capacités  nécessaires  ni  ne  comprennent  pourquoi  et
             développement et de partenaires nationaux, notamment des  comment  appliquer  les  principes  liés  à  la  parité  femmes-
             organismes  de  bassin,  des  communautés  économiques  hommes  et  à  l’inclusion  sociale.  Les  projets  locaux  et  les
             régionales,  des  organisations  de  la  société  civile  et  des  programmes institutionnels ne tiennent donc généralement
             gouvernements  nationaux.  Elle  repose  également  sur  les  pas compte de cette dimension.
             enseignements  tirés  des  efforts  déployés  par  CIWA  pour
             promouvoir  et  soutenir  la  prise  en  compte  des  différents  x )  L’absence d’une approche systématique. La promotion de la
             aspects de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale  parité  femmes-hommes  et  de  l’inclusion  sociale  est  souvent
                                                                   confiée à une seule personne ou à un seul ministère, réduisant
             dans  ses  activités.  La  faible  participation  des  femmes  à  la  ainsi les possibilités d’adopter une approche systématique. Les
             gestion  des  eaux  transfrontalières,  que  ce  soit  au  niveau  projets prévoient généralement des actions ponctuelles plutôt
             institutionnel  ou  au  niveau  des  projets,  et  les  timides  que d’intégrer ces questions aux différents niveaux et secteurs
             avancées enregistrées dans la lutte contre les inégalités entre  dans lesquels ils sont mis en œuvre.
             les  hommes  et  les  femmes  et  l’exclusion  sociale  dans  ce
             domaine s’expliquent notamment par les éléments suivants :  xi )  Une  allocation  de  ressources  insuffisante.  Les  ressources
                                                                   consacrées à l’intégration des questions de parité femmes-
              i )  Le secteur de l’eau est dominé par les hommes. Il est donc  hommes  et  d’inclusion  sociale  tout  au  long  du  cycle  des
                 difficile pour les femmes d’y trouver un cadre où elles peuvent  projets  et  des  programmes  sont  souvent  sous-estimées
                 s’exprimer  en  toute  sécurité,  participer  à  des  réunions  et  y  faute  de  comprendre  le  rôle  essentiel  de  leur  prise  en
                 jouer un rôle de premier plan.                    compte dans la réussite d’un projet.
              ii )  Les structures de gouvernance ne permettent pas d’intégrer  xii )  La notion de genre est complexe. Les programmes et les
                 les femmes. Les lois, les politiques et les stratégies appliquées  projets  tiennent  rarement  compte  de  la  complexité  des
                                                                   relations  entre  les  hommes  et  les  femmes  ou  de  la
                 au niveau transfrontalier ne mentionnent généralement pas  manière  dont  les  normes  de  genre  imprègnent  les
                 la  promotion  des  questions  de  genre.  Tout  cela  réduit  le
                 niveau de redevabilité et les possibilités de veiller à la bonne  institutions,  les  forces  du  marché  et  les  interactions
                 prise en compte des questions de parité femmes-hommes et  culturelles, en particulier dans les secteurs techniques et
                                                                   dominés  par  les  hommes,  comme  la  gestion  des
                 d’inclusion sociale.                              ressources en eau.
             iii )  Les femmes se heurtent à des obstacles socioculturels qui les  xiii )  Les  interventions  ponctuelles.  Les  questions  de  parité
                 empêchent de travailler dans le domaine de la gestion des  femmes-hommes et d’inclusion sociale sont complexes et
                 ressources  en  eau.  Ces  freins  sont  le  fruit  de  valeurs  ne peuvent être résolues par des interventions isolées. Il
                 patriarcales  bien  ancrées  dans  la  plupart  des  sociétés  convient  d’intervenir  à  plusieurs  niveaux  pour  faire
                 africaines, en vertu desquelles les hommes sont les principaux  évoluer  les  normes  et  les  croyances  à  l’origine  de
                 décideurs et détenteurs du pouvoir, ce qui limite l’accès des  l’inégalité  entre  les  hommes  et  les  femmes  et  de
                 femmes aux ressources et leur contrôle sur ces dernières.  l’exclusion sociale.
             iv )  Les  stéréotypes  tendent  à  faire  des  femmes  de  simples  xiv )  Le  suivi  et  l’évaluation  sont  insuffisants.  La  collecte  et
                 utilisatrices de ressources. Malgré le rôle essentiel qu’elles  l’analyse  de  données  ventilées  sont  trop  souvent
                 jouent  dans  la  gestion  des  ressources  en  eau  et  le  lourd  négligées,  tant  au  niveau  du  programme  qu’à  celui  du
                 fardeau  qu’elles  portent  lorsque  celles-ci  viennent  à  projet. L’absence d’indicateurs ou de plan de suivi tenant
                 manquer, les femmes sont généralement cantonnées à la  compte  de  la  parité  femmes-hommes  et  de  l’inclusion
                 sphère  de  la  procréation.  Cette  situation  a  pour  effet  de  sociale aggrave encore la situation.
                 restreindre  leur  participation  et  leur  rôle  au  niveau  des
                 projets et des institutions.


             ² Troell, Jessic et Yaari, Elizabeth. Tapping our Potential: Women’s Water Leadership in the Nile Basin, 2019, document d’orientation.
             ³ Earle, Anton et Bazilli, Susan. A gendered critique of transboundary water management, 2013, Feminist stages.
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