Page 7 - Cadre GESI
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Cadre pour la parité femmes-hommes et l’inclusion sociale
La parité femmes-hommes :
ne concerne PAS uniquement les femmes et les filles : v ) Les administrations et les ministères de l’eau sont
les hommes et les garçons font partie de la solution. souvent dirigés par des hommes. Les obstacles auxquels
les femmes sont confrontées pour intégrer ou travailler
n’est PAS uniquement du ressort des femmes : un dans le secteur de l’eau, notamment le manque d’accès à
changement réel ne sera possible que si tout le monde l’éducation, le harcèlement sexuel, l’insécurité de l’emploi
est mobilisé. et les niveaux de rémunération comparativement plus
bas, expliquent cette situation².
n’est PAS un concept occidental ou étranger : atteindre
la parité femmes-hommes est un engagement d’ampleur vi ) Les engagements ne sont pas suivis d’effets. Les accords
mondiale auxquels les pays du monde entier ont adhéré internationaux, régionaux ou nationaux portant sur la parité
dans le cadre d’accords internationaux régionaux et femmes-hommes et l’inclusion sociale sont souvent signés
nationaux. par des pays qui ne disposent pas des capacités et de la
volonté nécessaires pour consacrer les ressources financières
n’est PAS une tentative de priver les hommes et les et techniques requises.
garçons de leurs droits : les droits humains sont
universels et s’appliquent donc à tous. vii ) Les institutions régionales ont enregistré des résultats
limités. Les institutions régionales chargées de la gestion des
ne concerne PAS seulement les spécialistes de la eaux transfrontalières doivent négocier sur le plan politique,
question : compter uniquement sur les spécialistes ne et donc obtenir la coopération et l’accord de nombreux pays,
permettra pas de remédier aux problèmes d’inégalité souvent en concurrence les uns avec les autres³. L’adoption
entre les femmes et les hommes ni à l’exclusion sociale. d’une approche cohérente et commune des questions
Tout le monde doit être impliqué. touchant à la parité femmes-hommes et à l’inclusion sociale
devient dès lors difficile.
4. Enseignements tirés viii ) Les femmes sont exclues des processus de gouvernance de
l’eau. Les femmes ont peu de possibilités de participer à la
prise de décision dans le domaine de l’eau, alors même que la
Le cadre GESI a été établi sur la base des conclusions et des gouvernance de cette ressource sera vraisemblablement au
enseignements tirés de l’étude de référence consacrée en cœur de la sécurité hydrique mondiale.
mai 2020 aux résultats obtenus par CIWA en matière de
parité femmes-hommes et d’inclusion sociale. Cette étude a ix ) Les capacités et la prise de conscience sont insuffisantes.
été réalisée à partir d’une analyse documentaire, d’une Les parties prenantes, quel que soit leur niveau ou leur
enquête en ligne et de consultations auprès du personnel de secteur d’activité, ne disposent généralement pas des
CIWA, ainsi que de représentants de partenaires de capacités nécessaires ni ne comprennent pourquoi et
développement et de partenaires nationaux, notamment des comment appliquer les principes liés à la parité femmes-
organismes de bassin, des communautés économiques hommes et à l’inclusion sociale. Les projets locaux et les
régionales, des organisations de la société civile et des programmes institutionnels ne tiennent donc généralement
gouvernements nationaux. Elle repose également sur les pas compte de cette dimension.
enseignements tirés des efforts déployés par CIWA pour
promouvoir et soutenir la prise en compte des différents x ) L’absence d’une approche systématique. La promotion de la
aspects de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale est souvent
confiée à une seule personne ou à un seul ministère, réduisant
dans ses activités. La faible participation des femmes à la ainsi les possibilités d’adopter une approche systématique. Les
gestion des eaux transfrontalières, que ce soit au niveau projets prévoient généralement des actions ponctuelles plutôt
institutionnel ou au niveau des projets, et les timides que d’intégrer ces questions aux différents niveaux et secteurs
avancées enregistrées dans la lutte contre les inégalités entre dans lesquels ils sont mis en œuvre.
les hommes et les femmes et l’exclusion sociale dans ce
domaine s’expliquent notamment par les éléments suivants : xi ) Une allocation de ressources insuffisante. Les ressources
consacrées à l’intégration des questions de parité femmes-
i ) Le secteur de l’eau est dominé par les hommes. Il est donc hommes et d’inclusion sociale tout au long du cycle des
difficile pour les femmes d’y trouver un cadre où elles peuvent projets et des programmes sont souvent sous-estimées
s’exprimer en toute sécurité, participer à des réunions et y faute de comprendre le rôle essentiel de leur prise en
jouer un rôle de premier plan. compte dans la réussite d’un projet.
ii ) Les structures de gouvernance ne permettent pas d’intégrer xii ) La notion de genre est complexe. Les programmes et les
les femmes. Les lois, les politiques et les stratégies appliquées projets tiennent rarement compte de la complexité des
relations entre les hommes et les femmes ou de la
au niveau transfrontalier ne mentionnent généralement pas manière dont les normes de genre imprègnent les
la promotion des questions de genre. Tout cela réduit le
niveau de redevabilité et les possibilités de veiller à la bonne institutions, les forces du marché et les interactions
prise en compte des questions de parité femmes-hommes et culturelles, en particulier dans les secteurs techniques et
dominés par les hommes, comme la gestion des
d’inclusion sociale. ressources en eau.
iii ) Les femmes se heurtent à des obstacles socioculturels qui les xiii ) Les interventions ponctuelles. Les questions de parité
empêchent de travailler dans le domaine de la gestion des femmes-hommes et d’inclusion sociale sont complexes et
ressources en eau. Ces freins sont le fruit de valeurs ne peuvent être résolues par des interventions isolées. Il
patriarcales bien ancrées dans la plupart des sociétés convient d’intervenir à plusieurs niveaux pour faire
africaines, en vertu desquelles les hommes sont les principaux évoluer les normes et les croyances à l’origine de
décideurs et détenteurs du pouvoir, ce qui limite l’accès des l’inégalité entre les hommes et les femmes et de
femmes aux ressources et leur contrôle sur ces dernières. l’exclusion sociale.
iv ) Les stéréotypes tendent à faire des femmes de simples xiv ) Le suivi et l’évaluation sont insuffisants. La collecte et
utilisatrices de ressources. Malgré le rôle essentiel qu’elles l’analyse de données ventilées sont trop souvent
jouent dans la gestion des ressources en eau et le lourd négligées, tant au niveau du programme qu’à celui du
fardeau qu’elles portent lorsque celles-ci viennent à projet. L’absence d’indicateurs ou de plan de suivi tenant
manquer, les femmes sont généralement cantonnées à la compte de la parité femmes-hommes et de l’inclusion
sphère de la procréation. Cette situation a pour effet de sociale aggrave encore la situation.
restreindre leur participation et leur rôle au niveau des
projets et des institutions.
² Troell, Jessic et Yaari, Elizabeth. Tapping our Potential: Women’s Water Leadership in the Nile Basin, 2019, document d’orientation.
³ Earle, Anton et Bazilli, Susan. A gendered critique of transboundary water management, 2013, Feminist stages.
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